Atelier Ville Paysage



Biographie




  • Serge Renaudie
  • né le 18/02/52 à Paris XIème
  • Architecte D.P.L.G.
  • Urbaniste O.P.Q.U.
  • Paysagiste, Habilitation de la Fédération Française du Paysage

Études secondaires : Lycée Henri IV à Paris, Bac D

Études d’architecture et diplôme : École Nationale des Beaux Arts, Unité Pédagogique N° 6

Architecte-Conseil de l’État :

  • Ministère de l’Équipement depuis 1992
  • Ministère de la Culture, Direction de l’Architecture et du Patrimoine, de 1999 à 2003

De 1973 à 1981 : travaille chez Jean Renaudie, Architecte, Grand Prix National de l’Architecture

De 1981 à 1986 : au décès de Jean Renaudie en novembre 1981, il crée, avec Nina Schuch, Hugues Marcucci et Geronimo Padron-Lopez, la SARL "Atelier Jean Renaudie" dont il est le gérant jusqu’en 1985.

En 1986 il crée l’ATELIER D’ARCHITECTURE URBAINE

2007 : l’atelier déménage dans une petite maison et change de nom : "ville paysage"

Collaborateurs salariés permanents :
Andrea Mueller, Architecte D.P.L.G.
Victor Charreau, Paysagiste D.P.L.G.

Parcours

J’ai passé peu de temps à l’Unité Pédagogique N°6 d’architecture où je m’étais inscrit en 1971,
préférant travailler à l’atelier de Jean Renaudie et mener de fréquents voyages dans les villes et
villages d’Italie. Je résidais un certain temps à Bologna où Pier Luigi Cervelatti menait un travail
d’analyse de l’évolution du tissu urbain de la ville et où il engageait une démarche ambitieuse et
efficace de sauvegarde et d’évolution de ce tissu urbain, construit, culturel et social. A Bologna, j’ai
appris à appréhender les différentes strates de la ville, à regarder son évolution et à saisir que son
passé regorge toujours de nombreuses possibilités. J’y ai aussi appris à écouter les échos profonds
du social et de la mémoire.

Parallèlement et de manière totalement imbriquée, je me suis impliqué dans l’art et la peinture jusqu’à
éditer, de 1977 à 1980, une revue, « RAGILE », qui accueillit notamment Daniel Buren, Lauwrence
Weiner, Antonio Semeraro, Tadeuz Kantor, Viallat, Dezeuze, etc… et qui avait des prétentions
théoriques grâce à des articles comme ceux des historiens Murard et Zylberman sur le bidet, du
spécialiste des religions, Claude Gaignebet sur une gravure de Dürer, de Daniel Buren, etc….
Cette activité tournée vers la recherche artistique mais également vers la théorie et l’histoire de l’art
continue à me nourrir et à accompagner mon activité d’urbaniste et de paysagiste à travers des
mécanismes trop obscurs pour être dévoilés.

J’ai commencé à m’initier plus professionnellement à la question urbaine en travaillant avec Jean
Renaudie sur le Centre-ville d’Ivry sur Seine (à partir de 1971), sur Givors, Villetaneuse et sur le
premier quartier du centre-ville de Saint Martin d’Hères (dont j’ai réalisé le chantier et la conception de
la seconde tranche après son décès). Avec lui, j’ai appris à dépasser la notion de « plan masse de
ZAC » pour aborder un domaine plus vaste et plus complexe que la simple mise en place d’un plan
masse. Pour Jean Renaudie, l’architecture était urbanisme, dans l’idée d’une continuité vécue et
d’une cohérence conceptuelle. Grâce à son architecture résultant autant des formes urbaines que de
celles des logements, j’ai également appris à dépasser l’objet architectural pour concevoir le bâtiment
dans un ensemble plus vaste que lui. Sa conception d’une ville comme un organisme complexe et
résultant d’une combinatoire de fonctions a ouvert des horizons assez large pour que je puisse forger
progressivement ma propre attitude face à la ville où je prétends intervenir.
La question de la ville était inscrite dès le début de ma formation d’architecte. Les projets étaient
audacieux même si, comme celui des Gorges de Gabries à Vitrolles, ils ne parvenaient pas tous à une
réalisation. Les questions théoriques s’inscrivaient toujours dans la question de la « fabrication de la
ville » dans son territoire physique, et rejoignaient les questions éthiques à travers une haute
considération pour la diversité des êtres humains et la responsabilité du concepteur face aux
habitants qui lui avaient délégué, d’une certaine manière puisque nous vivons en démocratie, la
responsabilité de construire les cadres de leur vivre-ensemble. Ces questions théoriques et éthiques
marquaient fortement les projets de ville et d’architecture de Jean Renaudie grâce à une pratique du
dessin qui rejetait toute répétition, cherchant à faire surgir de chaque moment le nouveau.

Avec Jean Renaudie j’ai appris à comprendre le bâti comme résultant d’échanges d’énergies entre le
dedans et le dehors ; j’ai appris à humer l’espace et à le comprendre comme le vide unifiant toutes
choses et à craindre les césures, les ruptures, les enfermements. Avec Jean Renaudie, l’architecture
était désacralisée, lavée de ses conformismes successifs, classiques ou modernes, débarrassée de
ses soucis d’écriture, de composition, d’harmonie du dessin ; l’architecture était pour lui une
dynamique qui partant du site, intégrait toutes les dynamiques complexes de la ville et du territoire - la
ville devait s’associer de la manière la plus organique au contexte physique. La sacro-sainte façade
des architectes disparaissait pour laisser place à un bâtiment dont l’architecture se terminait grâce à la
végétation et aux relations sociales que les habitants feraient pousser sur les terrasses. Sur ces
terrasses, au milieu de la ville, j’ai appris à regarder la lune, les étoiles, les ombres et à écouter les
oiseaux et le vent dans les branches, à voir au loin et à mes pieds. Jean Renaudie engageait à
dépasser la question esthétique du beau et du laid pour adopter une autre attitude face au monde où
on souhaitait intervenir. Il transformait la ville en collines, en valons, en plateaux, en canyons, en
falaises, en prairies et en forêts…. Il reconstruisait le Limousin d’où il avait débarqué à la Libération.
Mon initiation à l’architecture comportait donc dès le début une composante fortement paysagère.

Chez Jean Renaudie, en plus du travail sur les bâtiments, je travaillais plus spécifiquement sur ce qui
se nommait alors « l’espace extérieur » et les aménagements. J’ai ainsi réalisé les « aménagements
extérieurs » de la Cité du Parc à Ivry sur Seine en utilisant des pierres de démolition d’un hôpital
parisien pour délimiter en murets les jardins des logements en rez-de-chaussée et en pavant les
cheminements grâce à la récupération de pavés d’anciennes cours d’usine. A Saint Martin d’Hères,
j’ai construit également tous les aménagements extérieurs qui remontaient en cheminements et en
terrassons plantés jusqu’au 1er étage où des placettes se lovent entre les bâtiments.

Au décès de Jean Renaudie en 1981, je soutenais d’urgence mon diplôme que j’avais oublié et
constituais une SARL avec Nina Schuch, Hugues Marcucci et Geronimo Padron-Lopez pour terminer
les projets en cours ou juste amorcés.
Dans ce cadre, j’ai plus particulièrement, assuré la conception et la réalisation des projets de la Cité
du Parc à Ivry sur Seine et de Saint Martin d’Hères (457 logements, 3 240 m² commerces, 2 200 m²
bureaux, 2 écoles maternelles,1 créche).

En 1984, j’ai accompagné le philosophe et sociologue, Henri Lefebvre, à l’Université de Santa Cruz
en Californie. Il assurait deux séminaires, le premier sur la « Dialectique », le second sur « Diderot et
la mort des avant-gardes ». Nous avions l’objectif d’écrire un livre à deux mains sur le concept de
complexité mais nous n’y arrivâmes jamais ! Henri Lefebvre avait une extraordinaire capacité
d’analyse de la situation urbaine dans le monde et face aux sirènes du post-modernisme, il conservait
une méthode très basique de questionnement. Lors d’une visite de Los Angelès avec le directeur de
l’urbanisme à UCLA, Ed Soja, il ne cessa de réclamer de visiter « les lieux de la production » refusant
de les confondre avec les parcs technologiques. Henri Lefebvre se refusait à considérer que le
capitalisme était parvenu à une phase ultime qui soit uniquement culturelle comme semblaient le
prétendre certains. Henri Lefebvre s’attachait au concret et ne se laissait pas aveugler par les images.
Nos visites dans les secteurs urbains nouveaux ou anciens de San Francisco et de Los Angelès, nous
ont permis de comprendre que la « ville informationnelle » n’était pas une mode technologique mais
une nouvelle répartition urbaine des modes de production et de consommation à l’échelle planétaire et
en même temps un bouleversement spatial et culturel redistribuant les territoires. « L’urbain
planétaire » trouvait progressivement sa forme, entre de nouvelles répartitions territoriales de la
production à l’échelle de la terre et la déterritorialisation des décisions grâce à l’informatique.
L’expérience de Santa Cruz se termina par un Séminaire où je fis ma première intervention dont le
titre, « La » Ville n’existe pas », paraphrasant Jacques Lacan, disait déjà mon intérêt pour la diversité
des modes d’agglomération urbaine. De retour en France nous constituâmes « le Club de
Navarrenx » qui regroupait des chercheurs d’horizons très divers. L’objectif était d’entretenir une
réflexion permanente sur l’évolution de la société et de la ville. Henri Lefebvre avait une intuition très
fine de la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Il m’a légué, à la suite de Jean
Renaudie, sa volonté de penser, en cherchant toujours à dépasser les faux concepts et à ne jamais
dissocier sensibilité et théorie.

En 1986, après un cycle de 3 conférences sur la complexité urbaine à Zagreb, Split et Beograd, je
présentais, avec Henri Lefebvre et Pierre Guilbaud, un projet conceptuel pour le Concours
International pour la restructuration de Novi-Beograd en Yougoslavie. Face à la trame stricte de cette
ville nouvelle, héritée de la Chartes d’Athènes, et coincée dans sa raideur, le projet proposait de
libérer l’initiative sur des principes de diversité, d’imbrication et de respect des spécificités. Ce projet
urbain d’une échelle importante tentait de proposer une nouvelle attitude face au fait urbain en
réinstaurant l’aléatoire dans la division foncière et dans le dessin de la ville. Cette expérience me
démontra également qu’il est difficile de concevoir des systèmes globaux même quand il est question
de s’opposer à un système rigide.

Je revins très souvent aux USA pour étudier les extensions urbaines des villes américaines à
Baltimore et en Californie. C’est à Baltimore que je vérifiais pour la première fois que la réflexion et
l’analyse urbaines, le projet et la réglementation pouvaient coexister grâce à une prise en compte de
l’environnement. La situation était devenue tellement catastrophique pour l’eau potable et l’irrigation
des champs que les autorités du County (Baltimore County Office of Planning and Zoning) avaient
élaboré, à la fin des années 80, un « Master Plan » et des documents de réglementation urbaine et
environnementale, extrêmement documentés. La question de la gestion et de la régulation urbaines
étendues au territoire tout entier, et à toutes ses activités, était donc à l’oeuvre dans tout le County de
Baltimore. En France, le Ministère de l’Equipement s’occupait, encore et toujours, de valoriser des
projets urbains ambitieux qui ne verraient jamais le jour mais abandonnait la question de l’extension
pavillonnaire aux géomètres.

En 1985, la SARL « Atelier Jean Renaudie » fermait car tous les projets liés à Jean Renaudie étaient
terminés.

A partir de 1986, je créait l’Atelier d’Architecture Urbaine et j’engageais une période architecturale
tournée vers les regroupements et les superpositions de maisons individuelles cherchant à constituer
des structures urbaines intermédiaires et concurrentes aux maisons individuelles et aux collectifs en
m’attachant à traiter l’espace non-bâti, le « vide » entre les volumes, qui constituait le liant entre les
habitants.

Cette pratique architecturale me permettait de concrétiser ce que je pouvais analyser de l’évolution
des pavillonnaires aux USA qui étaient bien plus diversifiés qu’en France. J’écrivis, en 1996, un article
sur le sujet « Du lotissement au projet urbain » à la demande de la revue « Etudes Foncières ».

C’est dans le cadre de cette recherche d’un autre type d’habitat que j’ai réalisé 72 « maisons
superposées », réellement superposées jusqu’au 3ème étage, à Saint Martin d’Hères dans une
opération nommée « La Cerisaie ». Ce fut également une des premières opérations de cette ampleur
réalisée intégralement en bois. Chaque pièce du logement possède sa propre « forme-maison » et le
logement est le résultat d’une agglomération de ces différentes pièces disposant alors de mezzanines,
de vides sous toiture, de greniers et de grandes serres.

J’ai continué ce type d’opérations sous d’autres formes à Coulanges lès Nevers : 34 logements
superposés deux par deux et bénéficiant d’immenses greniers et de doubles hauteurs sous les
toitures courbes, à Tours : 100 logements associant individuels et individuels-superposés dans un
ensemble proche d’une cité-jardin. Dans ce dernier contexte, je rejoignait mes préoccupations
concernant les déplacements piétonniers, les espaces partagés, le parc habité et la présence
structurelle du végétal.

Par rapport aux grands projets des années 70 de Jean Renaudie, les années 80 virent se réduire la
taille des projets et la possibilité d’intervenir sur des dimensions réellement urbaines. Peu à peu la
nécessité d’intervenir sur les secteurs existants d’habitat social dense s’imposa.

A partir de 1990, furent créées des « Conventions Ville-Habitat » dans le cadre de la Politique de la
Ville. A Saint Dizier en Haute Marne, suite à une consultation, je fus nommé chef de projet et
urbaniste de la Convention Ville-Habitat, puis du Contrat de Ville, de la Zone Franche Urbaine et enfin
du Grand Projet de Ville, de 1990 à 1999.

En tant qu’urbaniste, je fus chargé du diagnostic urbain, du projet de ville, puis du projet
d’agglomération et des différents diagnostics et projet d’aménagement et de faisabilité sur tous les
quartiers de la ville pendant 9 ans.

Ce fut l’occasion, en tant que Chef de Projet, d’animer l’ensemble des actions urbaines, sociales et
culturelles qui composaient un Grand Projet de Ville.
Ce fut également l’occasion de faire des recherches très fines sur les quartiers anciens de la ville,
recherches qui permettaient de favoriser la mutation du tissu en le respectant. La leçon de Pier-Luigi
Cervelatti avait porté. Grâce à un diagnostic croisé entre état du bâti et des fichiers sociaux et
économiques, il nous a été possible de gérer, parcelle par parcelle, l’évolution des typologies du vieux
quartier de La Noue en en respectant la structure originale que les habitants, anciens comme
nouveaux, ne voulaient pas voir disparaître. Nous démontrâmes que le tissu urbain est un ensemble
qui, des quartiers anciens aux quartiers nouveaux, entretient des relations plus fortes que les
procédures qui chantournent les interventions. Le Projet de Ville de Saint Dizier s’attacha à intervenir
dans tous les quartiers.

Ces 9 années à Saint Dizier me permirent d’expérimenter l’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage en
organisant les structures mêmes d’élaboration concertée des projets. Un « Espace Ville-Habitat » fut
installé dans l’ancienne gare routière avec pour vocation d’animer et de recevoir toutes les activités,
toutes les informations et tous les projets liés à la Ville.

Ma mission, reconduite chaque année, garantissait une continuité d’action auprès des élus (qui euxmêmes
changèrent à la suite des élections municipales) et des services communaux. Elle concernait
plus particulièrement :
. l’analyse et le diagnostic à l’échelle de l’agglomération comme à l’échelle du parcellaire ;
. l’élaboration de projets urbains dans les quartiers et à l’échelle de la ville et de son agglomération
éclatée ;
. la préparation des concours et consultations de concepteurs, et le suivi des opérations de
construction des bâtiments comme des aménagements urbains et paysagers ;
. la création de la Zone d’Activités de la Zone Urbaine Franche ;
. les études paysagères ;
. le suivi des études et des démarches de revitalisation du commerces ;
. la coordination des actions sociales et culturelles dans le cadre du Contrat de Ville ;
. le suivi et la planification du logement social et très social à l’échelle de la commune, dans le cadre
de l’OPAH ou des constructions nouvelles.
Pendant 9 ans, j’ai donc engagé mon atelier, qui demeurait un cabinet privé, dans une activité qui
regroupait à la fois la réalisation d’études d’aménagement, de développement et d’urbanisme,
l’élaboration de documents d’urbanisme, l’assistance aux maîtrises d’oeuvre (Commune, Etat, Office
d’HLM, etc…) et aux maîtrises d’oeuvre, la direction et la responsabilités des études engagées par
d’autres cabinets spécialisés (Requalification du commerce, études sociales, économiques, etc…), la
formation, l’information et la concertation.

A partir de 1990 et parallèlement à cet engagement à Saint Dizier, l’activité de mon atelier s’orienta
définitivement vers l’urbanisme :
- plusieurs études de ZAC pour Bezons (95) et pour Rollampont (52) : dossiers de création, études
d’impact, P.A.Z. et R.A.Z., prescriptions architecturales et faisabilités.
- Projet de Ville et Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager de Wassy (52)
- Projet pour le centre-ville d’Athis-Mons (91)
- Projet de mutation de la Porte de Gentilly (94)
- Projet de recomposition du centre-ville de Yerres (91)
- Projet d’urbanisation de la bosse d’Etion et du quartier de la Houillère à Charleville-Mézières (08)
etc….

A partir de 1998, mon activité se tournera majoritairement vers l’urbanisme et le paysage, pour le
diagnostic et l’analyse, le projet et les aménagements urbains et paysagers.

A partir de 2000, j’ai réalisé plusieurs marchés d’études urbaines, souvent sous forme de marchés de
définition, dans ou en dehors du cadre des différentes procédures (Recomposition, Renouvellement,
Renouveau urbains) de la Politique de la Ville :
- Saint Denis (93), Requalification urbaine du quartier Floréal-Saussaie-Courtille
- Givors (69), Requalification urbaine du centre-ville
- Charleville-Mézières (08), Développement urbain de la bosse d’Etion
- Charleville-Mézières (08), Requalification urbaine du quartier des Houllières
- Epinay sur Seine (93), Requalification urbaine du centre-ville
- Aulnay sous Bois (93), Requalification urbaine de la RN 2
- Thionville (57), Requalification urbaine du quartier de la Côte des Roses
- Angoulême (16), Requalification urbaine du quartier Ma Campagne
- Sedan (08), Projet de Ville et Renouvellement urbain des quartiers de la Marne et du Lac, ANRU, et
du Centre-Ville
- Cherbourg (50), Projet de Renouvellement Urbain, ANRU
- Tourlaville (50), Projet de Renouvellement Urbain, ANRU
- Beauvais, quartier Saint Quentin
ou sans marché de définition :
- Saint Nicolas lès Arras et Saint Laurent-Blangy (62), Renouveau urbain du quartier des Nouvelles
Résidences, dossier ANRU, Suivi des projets, conseils, urbaniste en chef.
- Auxerre (89), quartier des Brichères, diagnostic, projet urbain, programmation, faisabilités, dossier
ANRU
- Auxerre (89), quartier Rive Droite, diagnostic, projet urbain, programmation, faisabilités, dossier
ANRU

La particularité de ces études, dans le cadre ou non d’un marché de définition, est d’associer le
diagnostic, l’analyse urbaine, le projet urbain à grande échelle, la programmation et les faisabilités, le
paysage et également les solutions d’aménagements des espaces non bâtis.

Certaines de ces études ont abouti à de nouveaux contrats d’étude, pour le suivi et la réalisation des
espaces publics intégrant les études de paysage et de plantations :
- Saint Denis (93) : suivi des études urbaines sur le quartier Floréal-Saussaie-Courtille et marché de
maîtrise d’oeuvre des espaces publics et paysagers
- Cherbourg (50), Projet de Renouvellement Urbain et suivi, urbaniste en chef et maîtrise d’oeuvre des
espaces publics de la ZAC des Bassins
- Sedan (08), Projet de Ville et Renouvellement urbain des quartier de la Marne et du Lac, dossier
ANRU, suivi, maîtrise d’oeuvre de la Place de la Marne et des espaces publics principaux du Quartier
du Lac
et sans marché de définition :
- Auxerre (89), éco-quartier des Brichères et quartier Rive Droite : mission d’urbaniste en chef et
maîtrise d’oeuvre des espaces publics et paysagers

Ces missions se développant sur plusieurs années (de 5 à 15) concernent à la fois l’urbanisme, le
paysage, la réalisation des aménagements urbains en détaillant les missions suivantes :
- urbaniste en chef et conseil,
- d’élaboration et de suivi du plan de référence et des différentes études de faisabilité par secteurs,
- assistance à la maîtrise d’ouvrage pour les concours et les relations avec les promoteurs,
- élaboration des cahiers de prescriptions urbaines, architecturales et paysagères
- maîtrise d’oeuvre des espaces publics et paysagers
- concertation.

Ces maîtrises d’oeuvres urbaines et d’aménagements urbains concernent des projets urbains très
différents suivant qu’il s’agit de construire des quartiers nouveaux comme à Auxerre, à Beauvais et à
Sedan ou de recomposer des quartiers existants comme à Saint Denis ou à Saint Nicolas lez Arras.

En 2001, Plaine Commune nous confia une étude pour la programmation et la faisabilité d’un Schéma
Directeur pour le Parc-Canal avec une maîtrise d’ouvrage qui regroupait outre la Communauté de
Communes, la Région, le Département et l’Etat. Cette étude qui associait l’urbanisme et le paysage
s’étendait d’Epinay à la Porte de la Chapelle, de part et d’autre du canal Saint Denis. Le Parc-Canal
fut conçu comme une entité dont la colonne vertébrale était constituée par le canal et qui étendaient, à
l’est et à l’ouest, ses surfaces s’immisçant à l’intérieur du tissu urbain, rejoignant et irriguant les zones
les plus denses.

Cette étude qui fut accueillie très favorablement par toutes les composantes de la maîtrise d’ouvrage
attend toujours que ces dernières trouvent un point d’accord pour passer à la réalisation !

En 2004, l’Etablissement Public d’Aménagement Plaine de France nous confia une étude : « L’eau,
élément structurant de la trame urbaine, enjeu du renouvellement et de la valorisation du patrimoine
urbain » qui nous permis, en association avec Christian Piel de Composante Urbaine, d’abord
d’analyser la présence des cours d’eau sur un périmètre assez vaste, puis d’évaluer en quoi ce
réseau pouvait promouvoir un nouvel usage de ce territoire fortement urbanisé.

Mon attachement à réunir paysage et urbanisme m’ont conduit à réaliser un « écoquartier » à Auxerre
où la présence des espaces vides et plantés crée le lien entre des aires résidentielles où on retrouve
un habitat de maisons superposées (jusqu’à 4 niveaux), créant ainsi un nouveau type de paysage
urbain.

A partir de 1992, j’ai rejoins le corps des architectes-conseils de l’Etat qui oeuvrent dans les
Directions Départementales de l’Equipement. Je conçois mal de ne pouvoir travailler que d’un côté de
la barrière, aussi cette mission m’est apparue comme l’occasion de mieux connaître d’autres points de
vue sur la ville mais aussi d’agir du côté du public. J’ai ainsi été architecte-conseil du Territoire de
Belfort, puis de la Marne, et depuis janvier du Loiret.

La mission d’architecte-conseil s’oriente aujourd’hui définitivement sur des missions d’urbanisteconseil
qui consistent à conseiller les services de l’Etat déconcentrés (DDE, DRE essentiellement)
mais également les collectivités territoriales, les promoteurs publics, les organisme HLM, etc….
Cette mission de conseil s’apparente à l’assistance à la maîtrise d’ouvrage mais également à la
maîtrise d’oeuvre ; elle relève de la programmation, mais également du diagnostic et du projet. Elle
concerne des domaines très variés comme lors de l’élaboration des cadres réglementaires : SCOT,
PLU, PPRI, etc… mais porte aussi sur les projets présentés par les collectivités à l’Agence National
pour le Renouveau Urbain. L’examen des demandes permis de construire et de lotir constituent
également un moment important dans la mesure où c’est le moyen d’intervenir au moment de la
fabrication de la ville. La participation à la formation est l’occasion de transmettre quelques analyses
et quelques interrogation sur par exemple les lotissements et sur le Développement Durable.
C’est aussi dans le cadre des séminaires annuels des Architectes-Conseils que je m’exprime chaque
années sur des sujets aussi brûlant que « ça mute à mort », « La densité, survie d’un faux concept »,
« Mais dans quel état t’es-tu mis ? » ou "Comment agit le conseil au milieu des points de vue
différents ?".

De 1999 à 2003, j’ai été également conseiller auprès des directeurs de l’Architecture et du Patrimoine
(DAPA), François Barré et de Wanda Diebolt, ayant eu à m’occuper notamment de la mise en place
d’un axe d’étude dans les écoles d’architecture sur les quartiers d’habitat social dense en relation
avec le Ministère de la Ville et de la Commission sur le Logement Social à la DAPA ayant abouti à un
échange de réalisation d’équipes mixtes anglo-françaises.

Depuis 2000, je m’intéresse au développement des villes d’Asie : Viet Nam, Cambodge, Pékin et
Hong Kong que je visite très souvent. J’y ai refusé à ce jour toute association dans des aventures
urbaines ou architecturales. Je n’ai pas encore vraiment trouvé ma place dans ce monde de folie
urbaine. J’observe et j’apprends beaucoup, comme j’ai appris des villes italiennes dans les années 70
puis des villes américaines dans les années 80.

Vers le paysage et le vide

Depuis toujours je me suis senti plus à l’aise avec le vide qu’avec le plein, avec « l’espace libre »
qu’avec l’espace bâti. Ce vide me met en empathie physique et spirituelle avec la ville et le paysage,
avec ses formes minérales et végétales, humaines et animales. Mon souci du « vide » dans les
analyses urbaines comme dans les projets d’aménagements urbains et mon attachement au « corps
de la ville » m’ont progressivement rapproché des démarches paysagères.

Un quartier est un ensemble de personnes qui vivent et qui entretiennent des relations entre elles,
dans un ensemble de lieux qui constituent le corps de cette vie sociale. Vie sociale et corps du
quartier sont portés par une histoire, c’est à dire par ce qui a déjà eu lieu et qui a laissé des marques
et des souvenirs. Ce passé constitue un terreau dans lequel des graines qui n’ont pas encore germé
ou des rhizomes enfouis ne demandent qu’à ressurgir quand on commence à retourner, à fouiller, à
creuser, à rechercher, dans les strates du temps, les raisons de ce qui existe aujourd’hui. Dès l’âge de
16 ans le poème « Burnt Norton » de T.S. Eliot m’a guidé :
« Temps présent et temps passé
Sont peut-être tous deux présents dans le temps futur,
Et le temps futur contenu dans le temps passé. »

Ce qui a existé et qui perdure, même caché, même inconscient, m’a amené à considérer le « corps »
des sites où j’ai été conduit à intervenir. Ce « corps » se reconnaît dans la mémoire des moyens
utilisés depuis des siècles par les humains pour s’implanter et se développer, dans le giron des
éléments naturels, l’eau, la mer, la géologie, le vent, le soleil, etc.... C’est en partant de la mémoire du
« corps » d’un site qu’un projet s’ancre dans les profondeurs du concret et s’ouvre à des solutions
adéquates pour le présent et le futur. L’organisation des fonctions humaines trouve dans cette relation
au « corps » d’un site un substrat pour s’y fonder et pour y puiser la matière de son développement –
le « corps » est à la fois socle et terreau des développements humains.

C’est à m’attacher à observer et à travailler sur les manières de vivre ensemble des humains à travers
les pays, les villes, les campagnes, les cultures et le temps que la question du « milieu » m’est
apparue comme plus pertinente que celle de « l’environnement » trop axialisée sur l’humain. Le travail
sur le paysage permet de voir loin tout en regardant ce qui est de l’ordre de la proximité. En travaillant
avec le vivant, une relation particulière s’établit avec le temps. En travaillant avec les éléments
naturels, soleil, vent, eau, avec la faune et la flore, le paysagiste ré-invoque l’ensemble du vivant, et
sort du nombrilisme de l’humain. L’aménagement d’une ville ou d’un quartier retrouve alors des
mesures et des dimensions plus complexes que la fonctionnalité ou l’esthétisme. Dès lors, le projet
d’aménagement ne concerne plus les seuls humains mais également le monde végétal et le monde
animal. Je ne réalise donc plus de projets uniquement pour les humains, et quand je plante, je plante
pour les plantes elles-mêmes.

A mille lieux des projets badigeonnés de « vaseline verte » (le terme est de Jean Nouvel), le projet de
paysage fait surgir de la rencontre d’un site et d’un programme, une cohérence organique dans
laquelle le sujet est bien le vivant mais où le vivant n’est plus uniquement l’homme.

J’ai obtenu en 2009, à l’unanimité du jury, mon habilitation en tant que paysagiste par la Fédération
Française du Paysage sur présentation de mes réalisations et de mes conceptions. Je ne suis pas
peu fier que mon travail ait été reconnu par les membres éminents de ce jury. Mais s’il existait une
Fédération Française du Vide, regroupant tous ceux, paysagistes, urbanistes, architectes,
géographes, botanistes, écologues, écrivains, artistes, peintres,… qui se retrouvent dans cette vision
du vide, je demanderais immédiatement à y être « habilité ».

Les projets de parcs ou de jardins, mais également de places et de rues, concrétisent souvent les
projets urbains, c’est une manière de mettre en pratique cette conception d’un vide actif et fédérateur.

A Saint Denis, depuis 2000, le parc dans lequel les bâtiments du quartier Floréal-Saussaie-Courtille
étaient censés être construits se réalise progressivement par tranches successives qui transforment
surement le quartier. Le Trophée de l’Aménagement Urbain nous a été attribué en 2006 pour la partie
réalisée.

A Auxerre, j’ai réalisé deux quartiers, les Brichères et Rive-Droite, dont les particularités résident
dans l’importance accordée aux espaces non-bâtis. Ces deux quartiers installent les constructions
dans de vrais parcs publics, ce sont comme des parcs habités, des cités-parcs où étang, ruisseau,
noues, prairie, falaise, chênaies, s’associent aux places et aux cheminements piétonniers pour
constituer des quartiers d’une forme nouvelle. C’est l’espace vide qui construit le paysage et qui réunit
les secteurs bâtis.

A Cherbourg-Octeville, j’ai réalisé un nouveau quartier où les constructions s’inscrivent dans des
vides qui laissent passer le regard vers le port, la rade et la mer. Dans ces vides, un parc s’installe, les
Jardins de l’Amont Quentin. Plus bas, dans la ZAC des Bassins qui a pour vocation d’agrandir le
centre-ville, je conçois un nouveau parc, les Jardins de la Divette, le long de cette rivière, qui scandent
différentes séquences où une végétation venue de contrées lointaines s’arrange en fonction de haies
coupe-vents qui apportent des zones d’ombre. Ces deux parcs continuent la tradition d’acclimatation
de Cherbourg et créent un lien avec les jardins du XIXème, riches de plantes « exotiques » en
enrichissant la ville-arboretum voulue par le Député-Maire, Bernard Cazeneuve. Ces Jardins de la
Divette rencontrent une grande place transversale conçue comme un plateau de grandes dalles de
granit reprenant celles des quais. Dans le centre-ancien, nous amorçons l’étude d’un ensemble
piétonnier pavé et dallé unissant le théâtre et le centre culturel.

A Reims, un square de 2 475 m2 complété par un square résidentiel en terrasse de 1 025 m2 s’inscrit
entre des bâtiments et une rue. Une colline, artificielle, permet de réunir la rue et le quai. De longs
bancs en pierre servent de jeux pour les enfants.

A Sedan, une grande place arborée restructure un quartier en entrée de ville, le long d’une avenue
domestiquée, en fédérant les deux écoles, le nouveau bâtiment de la Maison de Quartier et l’habitat
environnant. Cette place est composée d’une partie pavée, maillée d’Ormes, accueillant un grand
auvent au toit de vitrages colorés et d’une partie en colline structurée de murets de grosses pierres
sous un bosquet d’arbres d’essences typiques de la forêt ardennaise.

A Sedan encore, dans le Quartier du Lac, je réalise une nouvelle grande place dont une partie est
traitées en jardin encaissé en gradins de pierre et structuré de collinettes plantées de Ginkgos aux
feuillages verts clairs puis or à l’automne entourés de Pinus negra austriaca au feuillage vert très
foncé toute l’année.

Dans tous les projets la pierre est très présente, soit qu’elle pave ou dalle le sol, soit qu’elle dessinent
des murets et des escaliers, soit qu’elle permette d’asseoir un étang ou de construire une colline,
voire une falaise, soit qu’elle soit utilisée en roche émergeante ou qu’elle se transforme en bancs dont
la présence sculpturale organise l’espace.

La pierre, sous toutes ses formes, constitue l’élément structurant des espaces que nous mettons en
oeuvre. Par ses aspects et ses couleurs, les pierres apportent une stabilité dans l’espace tout en
inscrivant les aménagements dans un savoir-faire ancestral.

Nos parcs ou jardins sont majoritairement publics et donc soumis à une fréquentation forte et
diversifiée. Le travail avec les plantations est très différent d’un contexte à un autre. Dans l’écoquartier
des Brichères, nous avons restitué la biodiversité en aménageant le parcours de l’eau qui en
irrigant plus ou moins les terrains favorisent des types de plantations différentes. Dans les Jardins de
l’Amont Quentin les plantes d’ici et celles venues d’ailleurs se partagent les surfaces conformément à
la tradition cherbourgeoise d’acclimatation des plantes. Dans les Jardins de la Divette, le souci
botanique a été porté plus loin en utilisant presque exclusivement des plantes venues d’Asie,
d’Amérique et d’Australie avec un souci de combinaison des floraisons et des feuillages tout au long
des saisons. Nous avons donc joué sur un « endémisme planétaire ».

Nos observations des jeux des enfants nous ont amené à proposer d’autres types de jeux que ceux
du commerce en mobilisant les pierres soit en bancs posés de manière aléatoire et définissant ainsi
différentes « chambres », soit en gradins et en marches, soit en « roches sauvages » surgissant du
sol pour offrir autant de possibilité de grimper, de glisser, de sauter le plus librement possible et sans
danger. Ces aménagements ne relèvent pas de la catégorie « jeux d’enfants », ce sont comme des
sculptures que chacun peut s’approprier, et les enfants le font parfaitement.

Fidélité

Un projet urbain, comme un projet de parc, nécessite du temps. Et dans ces délais toujours longs, de
nouveaux paramètres apparaissent qui nécessitent de pouvoir faire évoluer le projet initial. Le projet
doit donc être flexible et évolutif, ce qui sera d’autant plus aisé qu’il sera bien fondé sur le site à partir
de principes clairs. Passer des années sur un site nous permet également d’enrichir nos
connaissances et de les faire évoluer. Comment prétendre traité d’un sujet urbain en deux ans seulement ?

Cette présence au long des années nous permet de suivre l’évolution des hypothèses émises au
commencement d’un projet et d’en réajuster les dispositions. Le projet est pour nous un processus de
prise de connaissances qui ne s’interrompt jamais.

Nous travaillons dans peu de villes, mais nous y travaillons pour des durées longues :
Saint Dizier : de 1990 à 1999
Saint Denis : depuis 2000
Sedan : depuis 2002
Cherbourg-Octeville : depuis 2002
Auxerre : depuis 2002
Saint Nicolas lez Arras : depuis 2006.

Publications

De 1990 à 2000, J’ai participé à trois ouvrages collectifs :
- « Sur l’urbain » dans « Du contrat de citoyenneté » dirigé par Henri Lefebvre, Editions Syllepse,
juillet 1991
- « L’urbain c’est l’autre » dans « Ecologie Urbaine » dirigé par François Séguret et Henri Pierre
Jeudy, Editions de La Villette, janvier 2000
- « L’individu, l’architecte et l’architecture » dans « Ethique, architecture, urbain » dirigé par Chris
Younès et Thierry Paquot, Editions La Découverte, octobre 2000.

En 2011, j’ai publié un petit opuscule : « La ville par le vide » qui expose une manière de voir et de
concevoir la ville par le vide plutôt que par ses pleins. « La notion de vide est une autre manière de
regarder ce qui est et d’observer les événements qui interagissent. Elle nécessite de notre part un
« mouvement à la renverse », une pirouette arrière effectuée sans élan ni tremplin pour que nous réussissions à
exister sans nous différencier de ce qui existe également. La rencontre du vide passe par nous-mêmes ».

Cet ouvrage est complété par deux autres publications mêlant dessins et textes sous les titres de
« Gribouillages méditatifs » en Italie et à Hong Kong. D’autres publications sont en prévision.

Suis-je architecte, urbaniste, paysagiste ?

J’ai 60 ans cette année 2012, et j’ai mis du temps pour parvenir à comprendre que le vide m’habitait.
J’ai emprunté de nombreux chemins, parfois même escarpés et solitaires, mais jamais d’autoroutes ;
et si je me suis souvent attardé, je n’ai jamais perdu de temps.

Le moindre formulaire ou questionnaire, la moindre déclaration administrative, la moindre candidature
imposent de décliner sa fonction et son pedigree, et de s’expliquer sur ses qualités, ses qualifications,
ses compétences, ses diplômes, ses formations, ses etc….

Mon parcours semble en perturber certains. Si on accepte que je sois architecte et urbaniste, par
contre paysagiste, malgré la production des documents appropriés et de références conséquentes,
n’est pas possible. Cette fonction brouille-t-elle les deux précédentes ? Ou les deux précédentes
nuisent-elles à la clarté de l’identité de la troisième ? Chacun cantonné dans son territoire, son
domaine, son point de vue, ne peut-il plus considérer que l’on puisse embrasser plusieurs regards ?

J’avoue qu’il m’arrive de me demander si je suis urbaniste, paysagiste, architecte, sociologue,
anthropologue, historien, philosophe, programmiste, peintre, etc... ou simplement un passant qui
déambule à travers toutes ces spécialités et d’autres encore. Mon activité est-elle théorique,
analytique, technique, pratique, pragmatique ? Dois-je écrire, dessiner, peindre, calculer,
programmer ?

Il m’arrive d’être et de n’être pas tout cela.... D’être précisément parce que je ne suis pas tout cela,
mais qu’aussi je le suis tout a fait, totalement, pleinement.

Aussi, je ne sais plus très bien de quelle spécialité me réclamer si ce n’est peut être du vide, de ce
vide qui nous unit tous par l’espace et par l’air que, tous, nous respirons. Mais ce vide peut-il connaitre
des spécialistes ? Il n’existe aucun diplôme en vide, aucune formation, aucune qualification ISO, et
d’ailleurs le vide dans notre Occident bien pensant est considéré comme le néant.

Je ne me contente pas de butiner aux savoirs assurés par d’autres, je les traverse comme on traverse
des forêts, des landes, des champs, des villes. Je les déguste, les savoure et m’en délecte en y
mettant parfois un peu la main à la patte.

Mais pour ce qui est de ce qui me motive, m’anime profondément, un seul domaine porte à la fois mes
pensées et mes sens tout en attisant mon désir d’y intervenir : le vide qui relie et dynamise chaque
espace, lieu et temps, plein des relations qu’il autorise.

Porté par son énergie, je me fais son serviteur, liant ici et déliant ailleurs, ralentissant ou excitant un
flux qui jamais ne cesse de construire et de déconstruire, j’aménage la continuité en lieux pour que
tous les habitants animés cohabitent avec le monde inanimé. Alors cela fait de l’architecture, de
l’urbaniste, du paysage, des gribouillis…

Serge Renaudie, le 24 décembre 2011